politique /éthique, reste que la mémoire et la transformation sociale ne peuvent s'étudier qu'à travers une mise en rapport entre les opérations langagières intertextuelles et la dimension proprement praxéologique et esthétique de l'action sociale (nous entendons par praxéologique la dimension qui intègre la matérialité historique et culturelle de l'action sociale). De plus, il faudrait pouvoir, toujours au niveau de la description des données langagières, hiérarchiser les diverses opérations ainsi décrites à partir de la même matérialité linguistique pour pouvoir les articuler de manière plus intégrée aux autres dimensions de l'action sociale.
Dans tous les cas, l'activité langagière, ainsi observée et reconstituée dans sa complexité et son hétérogénéité fondamentale, nécessite du sociologue qu'il institue la dimension anthropologique comme fondement de l'analyse sociologique, avec ses deux propriétés apparemment contradictoires :
nécessaire parce que, sans l'intelligence humaine et les capacités d'inventivité, il n'y a pas de social possible, arbitraire parce qu'elle se déploie sous des formes culturelles historiques relatives. Mais seule l'hypothèse d'inventivité des solutions culturelles en réponse aux problèmes de l'habitabilité du monde
naturel et social permet de comprendre ce double jeu de la stabilité et du changement social. Les opérations épistémologiques dont on peut retrouver des «traces» dans la matérialité langagière nous conduisent ainsi vers un dernier concept à la frontière effective du social et du linguistique, le concept de
dialogisme que nous devons à M. Bakhtine (1977), et vers l'hypothèse de la pluri-accentuation du lexique, en les étendant aux dimensions de l'action sociale autres que la dimension politique. L'usage du langage qui accompagne toute action sociale se noue dans ce travail dialogique et le récite continûment.
Ces considérations peuvent ouvrir aux sociologues mais aussi aux linguistes un terrain nouveau de recherches. Pour finir, je soulignerai ici les travaux qui pourraient réunir à parts égales linguistes, historiens et sociologues : recherche des périodes historiques et des moments sociologiques particuliers à partir desquels apparaissent des innovations linguistiques : poursuivre ainsi les recherches comparatives sur les dictionnaires de la langue française, donner un sens