nous semble plus pertinent de noter la tendance à la disparition d'un objet et d'une
méthode strictement linguistiques (Molino, 1983) : il peut arriver que la description soit plus sociale ou psychologique que linguistique. De la même façon, les écoles sociologiques qui sont en prise sur la pragmatique linguistique, plus particulièrement l'interactionnisme ou l'ethnométhodologie, expriment
également une volonté «totalitaire» et substituent leurs analyses aux autres sociologies, les condamnant en tant que «constructions interprétatives». Si l'on peut se réjouir de ce que les constructions sociologiques soient décrites comme interprétatives, et nous pensons qu'elles le sont effectivement, en ce sens que les interprétations post-description statistique ou post-observation sont le résultat d'inductions et, par conséquent, sont marquées par leur indécidabilité, il n'en reste pas moins que les divers courants interactionnistes et ethnométhodologiques étonnent le sociologue classique qui ne semble pas reconnaître son objet dans l'observation d'un ordre local et ponctuel - qu'il
s'agisse d'une analyse des interactions qui se nouent en situation ou qu'il s'agisse de l'explicitation des catégorisations et «allant de soi» de l'action sociale. L'objet du sociologue semble alors disparaître.
Ainsi, la rencontre de ces courants linguistiques et sociologiques soulève la question de l'objet propre de chacune de ces disciplines et de la perte d'un grand nombre d'informations linguistiques ou sociales qui, jusque-là, faisaient partie des matériaux d'analyse ; la rencontre des deux champs disciplinaires, en éliminant cette fois les frontières (par exemple, dans ce courant qui se
nomme la proxémique), peut entraîner le sentiment de la perte d'objet.
Qu'en est-il exactement et comment pourrions-nous envisager, du point de vue de la sociologie, ces développements de manière plus positive ? Il nous faut prévenir d'abord deux objections. La première concerne la question de l'usage même du langage. En effet, l'analyse des interactions ou
l'observation ethnométhodologique - si leur développement s'est considérablement élargi à partir de ce que les chercheurs ont appelé le tournant linguistique des sciences sociales et notamment le tournant de la