économie spécifique, qui donne lieu à un " marché " dominant dont les " prix "
sont fixés (tacitement) par ceux qui possèdent le " capital " culturel et
linguistique requis pour imposer leur domination et en obtenir des " profits ".
Le marché linguistique officiel est donc un lieu de rapport de forces où ceux
qui détiennent la compétence légitime (celle qui fonde " le bon usage ") font la
loi. Ceci n'exclut pas l'existence au sein de la même communauté d'autres
marchés linguistiques (en marge du marché officiel, à sa périphérie) où les
" valeurs " et les règles du jeu sont autres.
" Au sein d'une communauté linguistique, nul ne peut ignorer
complètement la loi linguistique ou culturelle. Toutes les fois qu'ils
entrent dans un échange avec des détenteurs de la compétence
légitime, et surtout lorsqu'ils se trouvent placés en situation officielle
(par ex. dans des relations avec la justice, la médecine, l'école), les
dominés sont condamnés à une reconnaissance pratique des lois de
formation des prix les plus défavorables à leurs productions
linguistiques, qui les condamne à un effort plus ou moins désespéré
vers la correction ou au silence. " (Bourdieu, 1983, p. 102). [Voir
l'insécurité linguistique de la petite bourgeoisie qui aspire à l'ascension:
état de soumission non maîtrisée à l'usage légitime de la langue]
On notera toutefois qu'il peut y avoir affirmation d'une contrelégitimité
linguistique par la production d'un discours fondé sur
l'ignorance délibérée des conventions et des convenances
caractéristiques des marchés dominants (transgression systématiques
des normes linguistiques dominantes; par ex. dans certains bars ou
cafés (cercles ?), dans les prisons, les bandes de jeunes : ces repaires
ou refuges des exclus, dont les dominants sont de fait exclus,
apparaissent comme autant de réponses à l'échec scolaire, à la
" fracture sociale ", à l'exclusion.