société constituent un système dont les composantes se définissent les unes
par rapport aux autres.
De la même façon, les groupes sociaux dont on étudie le mode d'usage du
langage doivent être définis comme les composantes d'une structure sociale
organisée, et non comme des ensembles d'individus rassemblés empiriquement
parce qu'ils partagent un certain nombre de caractéristiques communes. Ce
sont donc les rapports sociaux, qu'entretiennent ces groupes sociaux entre
eux, qui constituent la base de leur repérage (ce qui implique que l'on dispose
d'une analyse sociologique de la structure sociale).
Comme le souligne E. Esperet (1987, p. 339), les démarches suivies par les
différents chercheurs sont loin d'être homogènes.
(a) La tradition anglo-saxonne s'appuie sur la sociologie empirique américaine
qui situe les groupes sociaux sur un ensemble d'échelles (revenus,
diplômes, mode de vie, etc) qui généralement co-varient entre elles. Cette
approche distingue ainsi six " classes " sociales (de la " lower-lower class " à
la " upper-upper class ") hiérarchisées selon la place qu'elles occupent sur
les échelles utilisées.
(b) La tradition européenne est plus souvent marquée par une référence à
l'analyse marxiste de la société. Selon cette analyse, ce qui définit les
classes sociales, ce sont les rapports sociaux qu'elles entretiennent
(notamment les rapports de domination symbolique et économique tels que
les décrit le matérialisme historique). Un individu est situé dans une classe
ou une autre selon la place qu'il occupe dans les rapports de production. Le
fait qu'il partage des caractéristiques communes avec les autres membres
de sa classe est une conséquence de cette appartenance, et non ce qui la
constitue.
Le " marché " linguistique selon Bourdieu.
Pour P. Bourdieu, les échanges linguistiques en communauté relèvent d'une