(par ex. les individus "référentiels" seraient plus "indépendants du champ", et
auraient une orientation plus intellectuelle que sociale, etc.) (Reuchlin, p. 292 -
293). Il pourrait donc y avoir un lien entre " style d'acquisition " et " milieu
socio-culturel ".
Langages spécifiques à divers groupes sociaux.
Pour cette troisième voie d'approche, il ne s'agit pas de comparer
différents groupes sociaux quant au maniement d'un langage de référence
(identifié à la langue académique) ; il s'agit de montrer que ces groupes se
caractérisent par des langages spécifiques, ou plus exactement par des modes
spécifiques d'usage du langage, chacun d'eux possédant ses règles de
fonctionnement.
Les différences langagières observables entre groupes sociaux ne sont pas
imputées à des différences intellectuelles ; si certaines formes linguistiques
(certains usages), ou certains contenus, sont valorisés, c'est pour des raisons
qui tiennent à l'hégémonie linguistique d'une classe sociale particulière, et non
pour leur valeur cognitive intrinsèque. Cette analyse rejette l'idée de groupes
définissables de façon autonome ; elle met par contre l'accent sur la notion de
rapports entre groupes, considérant que ce sont ces rapports qui structurent
les groupes (cfr. notion d'hégémonie).
Cette approche est le cadre de nombreuses hypothèses (de nature psychosociale)
sur les mécanismes à travers lesquels un individu (un enfant) met
progressivement en oeuvre une forme donnée de langage : rôle des modes de
communication, et des représentations attachées au langage qui se
développent dans sa classe sociale, importance de certaines formes
linguistiques dans le marquage de l'appartenance au groupe d'origine, etc.
"On aurait tort de concevoir la communauté linguistique comme un
ensemble de locuteurs employant les mêmes formes. On la décrit
mieux comme étant un groupe qui partage les mêmes normes quant à
la langue " (Labov, 1976, p. 228)